INFO

HOME est l’appellation belge pour désigner une maison de retraite.

HOME est un anglicisme  qui signifie foyer, chez-soi.

HOME fait référence à la fin du voyage de la vie.


Pour réaliser ce travail, Lionel Jusseret s’est immergé durant 6 mois dans le quotidien d’un home. Il y rencontre une communauté invisible qui, après une vie de travail et de bons et loyaux services, se retrouve exclue de la société. A l’intérieur du home, on distingue trois quartiers. Le premier, pour les personnes encore indépendantes, le second pour les soins paliatifs et le troisième pour ceux qui ne savent plus dissimuler leur désorientation, les oubliés parmi les oubliés : les malades d’Alzheimer. Dans beaucoup de homes en Belgique, être diagnostiqué Alzheimer signifie finir ses vieux jours dans le couloir fermé de la démence et ne peut être plus jamais respirer l’air frais du dehors. C’est être condamné à l’assistance et la dépendance définitive. C’est être tristement à la merci d’un corps soignant en sous-nombre et donc, fatalement maltraitant.

C’est pourquoi les personnes âgées étiquetées « démentes » sont très mal vues des autres « sains d’esprit ». Ces derniers les méprisent et les rejettent, comme par peur qu’ils les contaminent. Ils se souviennent de leur ami ou amie, voisin de chambre ou de table, avant qu’ils ne déclinent. Il voit cette personne aujourd’hui, ce n’est plus le même individu. Ils ont peur. Et nous aussi, les travailleurs intégérés et futurs vieux, nous avons peur d’eux, peur de finir comme ça.

Comme dans son précédent travail sur l’autisme, Jusseret attache une grande importance à ne pas rendre la maladie visible dès le premier regard. Il souhaite montrer l’homme avant la maladie afin que le spectateur voit avant tout un groupe d’êtres humains, ses mœurs et ses coutumes.

Car si l’on veut témoigner de la vie d’un home, il faut pouvoir témoigner de la culture de cette communauté, de l’amitié et de l’amour qui subsistent. L’intention est de montrer une image digne de ces aînés en marge de notre société. Mais sans pour autant écarter la question de leurs conditions de vie. Car dans les couloirs blancs carrelés d’une maison de retraite, la solitude et l’isolement suintent des murs. Dans bien des cas, les familles ne viennent plus. En suggérant cet isolement dans la plupart de ses images, le photographe tient à rendre justice à leur souffrance et à en témoigner. Car même si la situation de chaque personne est particulière, cela dit tout de même quelque chose de notre société : pourquoi ne sommes-nous plus capables de prendre en charge nos personnes âgées ? Comment peut-on infliger ça à nos ainés ? Comment peut-on s’infliger ça à nous-même ?

En langage médical, la démence est un syndrome qui, selon la définition de l’organisation mondiale de la santé, entraîne « une dégradation de la mémoire, du raisonnement, du comportement et de l’aptitude à réaliser les activités quotidiennes », sans être toutefois « une composante normale du vieillissement ». La maladie d’Alzheimer représente entre 60 et 70 % des cinquante millions de cas de démence que l’on dénombre aujourd’hui sur la planète. En Belgique, elle touche plus de cent mille personnes. Ce chiffre doublera d’ici à 2060.

Six cent mille aidants proches ou soignants gravitent autour des personnes vivant une maladie de type Alzheimer, faisant d’elle un enjeu de société d’envergure. Au-delà de la prise en charge médicale, à domicile ou en institution, des initiatives comme les Alzheimers Café ( présents dans une quarantaine de communes francophones ) se sont lancées, localement, pour faciliter la prise de parole, pour les victimes ou les proches, en dehors des milieux médicalisés. Chaque semaine ou presque, la recherche amène son lot d’actualité, décevante ou porteuse d’espoir. Fin janvier 2019, le laboratoire pharmaceutique Roche a annoncé l’arrêt de deux essais cliniques contre la maladie, après des résultats intermédiaires décevants. Un peu auparavant, deux chercheurs de l’institut flamand de biotechnologie découvraient le rôle potentiel d’une protéine dans le développement de la maladie.

Au-delà de l’enjeu d’Alzheimer, la santé mentale des Belges en général n’est pas brillante. Le taux de suicide des seniors et la consommation d’antidépresseurs sont supérieur à la moyenne européenne. Selon les derniers chiffres de l’Institut scientifique de la santé publique, 32 % de la population fait état de détresse psychologique. Ils datent de l’enquête de santé publique de 2013. Celle-ci ayant lieu tous les cinq ans, une mise à jour est attenduev courant de l’année 2019. Sur son site, le service fédéral Santé Publique ne se voile pas la face : l’OMS annonce une croissance des problèmes de santé mentale et « cette tendance se confirme également en Belgique ». Voilà qui doit sonner comme un tocsin aux oreilles de l’ensemble du monde politique.