A l’association J’interviendrais où j’ai photographié, travaillé et vécu pendant presque dix ans, j’ai rencontré des enfants avec autisme. Beaucoup avaient une forme d’autisme sévère, non verbale pour la plupart. Mais aussi d’autres enfants qu’on dit psychotiques, schizophrènes, avec trouble du comportement, maltraités, sans-famille, invivables, déficients et tout ce que notre société occidentale trouve de mots pour caser les incasables.
Des malades. Et moi, plus je les vois et plus je trouve qu’ils ressemblent à des enfants.
Des enfants d’une culture apatride et hors-norme, sincère, brute, sauvage, pour le meilleur et pour le pire et portant en eux ce mystère indéfinissable qui échappe à la médecine, la science ou à tout culte de la rationalité d’ailleurs.
On parle de l’autisme.
Ce mystère, cette énigme, j’ai essayé de les saisir par la forme silencieuse de la photographie.
Je connais le terrain: la lumière, les saisons et les décors du nord,
du centre et du sud de la France. J’attends quelque chose d’imprévisible : un geste, une attitude, un regard de leur part. Sans pose.
J’ai pris le temps qu’il fallait.
Ce sont les enfants qui me l’ont imposé. Tout comme la relation. La quête de la justesse dans la relation est vaine. Mais parfois, comme par magie, un contre-don que je ne saurais surpasser, comme l’assise de leur pouvoir de petits dieux.
Mais aucun de ces clichés ne rendra hommage à leur fantaisie d’enfant si indéfinissable, si exceptionnelle, si unique. Car la violence prend le pas sur la douceur. La souffrance est bien là et elle ne manque pas de mots pour la cataloguer. La dissimuler ne serait pas leur rendre justice. À force, il se pourrait bien qu’ils le deviennent vraiment, malades.
Les mots. Si les mots mesurent l’écart entre eux et nous alors plus de mots.
Juste le silence de leur regard.

