Les IMPATIENTES

Midi et cinq minutes. Devant les portes battantes du réfectoire, les résidents soupirent. Les personnes en fauteuil roulant sont devant, en rang d’oignon. Ceux qui marchent encore, derrière. Personne ne dépasse personne. Les portes s’ouvrent enfin, la soupe est servie. Les blouses blanches distribuent les bavoirs-serviettes élastiqués. Mme E. me fais signe et demande de l’aider pour nouer sa serviette derrière son cou. Mme E est une petite femme malicieuse et pleine d’énergie. Elle était professeur de gymnastique. Je l’aime bien. Je n’ai rien mangé ce matin et mes mains tremblent. Elle me regarde avec le sourire : «  Alors, comment te sens-tu parmi-nous, dans notre peuple de vieillesse ? »

Pour réaliser ce travail, Lionel Jusseret s’est immergé durant 6 mois dans le quotidien d’une maison de retraite. Il y rencontre une communauté invisible se retrouvant malgré elle en marge de la société. Ces hommes et ces femmes nées entre 1925 et 1945, on les appelle la génération silencieuse. Ayant traversé la Seconde Guerre mondiale, ils ont connu le manque et ont travaillé dur toute leur vie. Réputés peu revendicatifs, ils sont décrits comme fatalistes et conventionnels. Mais ces adjectifs généralisant rendent peu hommage à ceux que l’on appelle Mamy et Papy ainsi qu’à leur univers de papier peint fleuri qui à lui seul fait écho à notre mémoire collective.

 

Plus en français